Partir à son compte : liberté et discipline

Par Mélanie Alain

Une fois sur le marché du travail, ce ne sont pas tous les ostéopathes qui souhaitent ou ont l’opportunité d’être employés par une clinique ou une organisation. Vient alors la grande question : «Et si je partais à mon compte?» Or, devenir travailleur autonome comporte son lot de défis, dont l’un des plus importants est de développer une clientèle.

Deux ostéopathes et une massothérapeute qui en est à sa 5e année d’études en ostéopathie ont discuté de leur expérience à cet égard.

Trouver sa clientèle

Quelles stratégies employer pour trouver des clients? «Il n’y a que le bouche-à-oreille et mon site Internet qui fonctionnent pour moi. Les gens cherchent de plus en plus sur Internet. Beaucoup de massothérapeutes ont les moyens d’avoir un site mais n’en ont pas. C’est un avantage pour moi», convient Marianne Leblanc, massothérapeute et étudiante en ostéopathie.

Le besoin de faire du réseautage déteint même sur sa vie personnelle. Elle apporte ses cartes d’affaires partout. Selon elle, il faut d’ailleurs changer ses perceptions à cet égard. «Toute nouvelle personne que je rencontre pourrait être un client potentiel.»

Or, si plusieurs ne viennent qu’une ou que quelques fois, l’horaire de Mme Leblanc se remplit principalement avec des clients réguliers. En ce sens, elle invite à la proactivité. «À l’école, on t’enseigne à essayer de rebooker ton client. Si mon client ne veut pas, j’ai eu l’idée d’avoir une liste et de rappeler les gens. S’ils disent vouloir venir à chaque mois, je rappelle à chaque mois et on prend rendez-vous.»

Quant à Kim Pov Eap, ostéopathe à son compte depuis au moins dix ans, elle a surtout commencé grâce au bouche-à-oreille par l’intermédiaire des amis et de sa famille. Toutefois, elle juge que son site Internet attire peu de nouveaux clients. Il ne contient «pas grand-chose», donc seules «quelques personnes appellent» grâce à lui.

Se démarquer de la concurrence

Pour sa part, Patrick Salibi, que nous avons interviewé pour un article en février, met l’accent sur le branding pour se démarquer des autres en tant qu’ostéopathe. «Le branding, c’est la façon de positionner une marque, une idée, pour que tout autour de cette idée soit clair et présenté d’une manière qui représente le contenu», explique-t-il.

Selon le fondateur de l’école Osteo Yoga, dès qu’on a clairement identifié le message à diffuser, tout ce qui se fait par la suite doit s’enligner avec cette mission. C’est ce qui permettra de se différencier de la multitude d’autres ostéopathes. «Pour être une entreprise, un travailleur autonome, bien fonctionner et se sentir épanoui, il faut être capable de définir qui tu es, ta spécialité, ce que tu aimes faire, le genre de clients avec qui tu veux travailler et te présenter de cette façon pour que les gens qui cherchent ce service te trouvent.»

M. Salibi considère que c’est surtout le temps, l’expérience et la réputation qui aident à se démarquer et à trouver des clients. Quand les gens entendent parler de soi depuis longtemps, il y a de plus fortes chances qu’ils fassent appel à nos services, même si c’est plusieurs années plus tard. «Peu importe tes stratégies (les publicités, les présentations, les vidéos, les articles, un site Web, des mises à jour sur Facebook), c’est la clarté du message, l’intégrité de ce que tu présentes et le fait que c’est là à travers le temps qui font que ça fonctionne.»

L’entrepreneuriat : pas donné à tous

Quelles qualités faut-il pour partir à son compte? «Des qualités que la plupart des massothérapeutes ou des ostéopathes n’ont généralement pas et qui ne sont pas enseignées dans les écoles, même s’il y a de plus en plus de cours de démarrage d’entreprise, estime Marianne Leblanc. Il faut être capable de vendre ses services. Moi, je considère avoir été bien accompagnée et réussir assez bien avec ma pratique. J’ai eu un ex qui m’a beaucoup aidée à démarrer, à me pousser à faire de la pub, des appels.»

Le désir d’autonomie entre également en jeu dans cette prise de décision. «J’aime que personne ne me contrôle. J’ai la liberté de faire ce que je veux», tranche Kim Pov Eap, diplômée de l’IEOQ qui travaille chez elle en plus de se déplacer pour rencontrer des clients.

M. Salibi souligne aussi le courage, le fait de croire en son projet et la persévérance comme qualités essentielles du travailleur autonome. «Il faut que tu y mettes le temps et l’énergie parce que ça ne se fait pas du jour au lendemain.»

Une question de finances

La rentabilité de la pratique dépend notamment des dépenses, note Marianne Leblanc. «Ça pourrait être profitable assez rapidement si tu travailles chez toi. Moi, j’ai mes cours d’ostéo et un bureau qui coûte cher. Ça m’a pris un bon 5 ans avant de pouvoir en vivre.»

Pour ce qui est de l’équipement, Mme Leblanc mentionne le local à louer, la table de massage, les meubles, les draps, l’huile, les gants en latex, le lubrifiant pour les techniques internes, des fournitures de bureau et parfois, une colonne vertébrale ou un crâne pour «expliquer des choses aux clients». «Au début, la plupart vont opter pour des tables pas trop chères qui ne sont ni portatives ni électriques. En ostéo, c’est mieux d’avoir une table électrique qu’on peut ajuster pour les techniques sur le dos et le ventre.»

En outre, on doit prévoir son adhésion et le paiement d’une cotisation à tout syndicat professionnel pertinent ou association afin de pouvoir émettre des reçus. Par exemple, «chaque école d’ostéopathie a son association. Moi, je peux en émettre en ostéopathie en tant qu’étudiante et en massothérapie», indique Mme Leblanc.

«C’est difficile d’être à son compte, raconte Kim Pov Eap. Il faut attendre longtemps avant d’avoir des clients et être prêt à travailler la fin de semaine, le jour et le soir. On commence avec un petit salaire. Avant, je faisais de la masso les fins de semaine parce que je travaillais à temps plein ailleurs. En ostéo, je faisais peut-être 30-40 000 $ la première année. Ça dépend, il y a des années [à plus faible revenu]. Peut-être deux ans minimum [avant d’être rentable], mais en me déplaçant partout. Des fois, je vais à trois places par jour.»

Autres conseils

Selon Kim Pov Eap, pour réussir à son compte en ostéopathie, il faut aussi :

- être patient.
- toujours se donner à 100 %. «Les clients doivent sentir que tu leur offres le meilleur service. Il faut toujours essayer de trouver quelque chose de mieux que les autres.»
- étudier même après avoir fini ses études. «Je fais des cours de perfectionnement avec l’école les fins de semaine», donne-t-elle en exemple.
- Et puisque le métier requiert une santé vigoureuse, elle recommande de prendre soin de soi. «Il faut être fort et pratiquer beaucoup pour ne pas faire n’importe quoi ni se blesser. Il faut bien suivre les techniques dans les livres et s’entraîner pour être efficace.»

Pour elle, il importe aussi de connaître diverses techniques et disciplines, et il existe de multiples façons d’apprendre des autres et de s’améliorer. «Moi, j’achète beaucoup de livres, notamment en acupuncture, et je paie pour recevoir les services d’ostéopathes de différentes écoles. Comme ça, je vois ce qui me manque.»

 (Photo : Pixabay)

Vous aimeriez devenir ostéopathe ? Pourquoi pas maintenant ?

inscrivez-vous