Les acouphènes et l’ostéopathie

Par Mélanie Alain

Selon certaines sources, de 10 % à 15 % de la population souffrirait d'acouphènes. Ces «bourdonnements dans les oreilles», dont la prévalence augmente avec l'âge, sont uniquement perçus par les personnes qu’ils touchent et peuvent grandement diminuer la qualité de vie en causant insomnie et problèmes de concentration chez certaines d’entre elles.

Le bruit peut être permanent ou temporaire, continu ou intermittent. L’intensité, la durée et la fréquence peuvent varier et toucher un seul côté ou les deux.

De l’origine des acouphènes

Il est parfois difficile de connaître les causes exactes des acouphènes, mais elles peuvent inclure différents traumatismes ou maladies :

  • problème cardiaque ou hypertension artérielle
  • otite ou infection des sinus
  • maladie virale comme la grippe
  • effets indésirables de médicaments
  • coups sur la tête
  • sons brutaux ou répétés (ex. : musique forte, explosion, feux d’artifices)
  • perte auditive (souvent, si elle accompagne les bourdonnements, cette perte auditive finit par causer le problème)
  • canal auditif bloqué par des objets ou du cérumen
  • problèmes dentaires (ex. : port d’un appareil ou d’une prothèse)
  • certains types de tumeur

La Dre Marie-Cécile Rantet1 énumère aussi les antécédents de chutes, d’accidents, d’anesthésies, d’accouchements trop difficiles ou trop longs et de naissances par césarienne comme pouvant contribuer à développer ces bruits intérieurs.

En effet, les fascias se souviennent des mini-traumatismes répétés ou des chocs importants endurés par l’organisme. Par exemple, un bassin déplacé en raison d’une chute peut influencer le mouvement du crâne et provoquer un bourdonnement permanent dans les oreilles.

Autre exemple : les appareils dentaires. Une mauvaise dentition est souvent le signe de «désordres» crâniens qu’une prothèse d’orthodontie peut perpétrer. Chez un enfant, si «le symptôme était une disgracieuse implantation de dents, le désordre sera des tics, des pleurs la nuit, des cauchemars, des malaises, des syncopes, un retard de croissance, des troubles de la vue, des bruits dans les oreilles». Il arrive également que la prothèse d’une personne âgée accentue la mauvaise occlusion des mâchoires et les acouphènes. (Rantet, p.177)

Pourquoi l’acouphène?

Disons que des traumatismes sonores intenses ou répétés fragilisent l’oreille. Celle-ci envoie alors un message au cerveau pour l’avertir de la douleur. Le cerveau associe erronément ce message à un son extérieur et le traduit en sensation sonore (acouphène). En général, ne recevant plus d’autres messages concernant le bruit extérieur, le cerveau s’apercevra de sa méprise et l’acouphène cessera.

Toutefois, si l’individu vit un grand stress (surmenage, maladie, deuil, divorce, déménagement...), le cerveau se met en alerte. Il conserve alors le message, le relit en boucle et l’acouphène persiste.

Dans une telle circonstance, le premier réflexe devrait être de consulter un ORL pour un examen complet afin d’éliminer toute cause organique (bouchon de cérumen, kyste sur le nerf auditif, tumeur, etc.). Des tests audiométriques détecteront une baisse d'audition. On pourra aussi recourir au scanner ou à l’imagerie à résonance magnétique (IRM).

La cause n’est pas organique? Le patient peut apprendre à mieux gérer son stress en ralentissant et en approfondissant sa respiration pour débloquer son diaphragme, améliorer l’oxygénation et réduire la production de cortisol (hormone du stress). Ainsi, les symptômes qui contribuent à intensifier les acouphènes (anxiété, insomnie, fatigue…) diminuent. S’ensuit une baisse des tensions physiques et mentales.

Suivi ostéopathique

Ostéopathie structurelle (Andrew Taylor Still)

Si l’organisme ne guérit pas adéquatement d’une lésion vertébrale, «les tissus autour de l’os suivront le schéma de la lésion : infiltration, inflammation puis fibrose». Le système osseux et tissulaire déréglé et obstrué compliquera la nutrition des nerfs et des ganglions, provoquant une inhibition ou une hyperexcitation nerveuse et ganglionnaire. Résultats : douleurs, blocages et mauvais fonctionnement des organes voisins. (Rantet, p. 168)

Les lésions de la colonne peuvent donc entraîner plusieurs troubles neurovégétatifs puisque le mauvais positionnement des vertèbres entre elles sollicite anormalement les structures qui les entourent. Dans le cas des acouphènes, les deux premières côtes de la nuque sont souvent problématiques, causant des douleurs irradiant jusqu’aux zones temporales.

Ici, trois techniques sont suggérées pour gérer les lésions vertébrales pouvant aggraver les acouphènes : (p. 170)

1) Techniques d’énergie musculaire (TEM)

«Muscles mis en tension puis étirés légèrement pendant 3 secondes de relâchement inconscient sitôt après la contraction, pour relâcher la ou les contractures musculaires qui maintiennent une articulation en lésion.»

2) Techniques par recherche du point neutre (ou par aggravation)

L’ostéopathe «va maintenir l’articulation dans une position non douloureuse et donc anormale. La position est très précise et le point de non-tension se déplace au fur et à mesure du processus de guérison par revascularisation et innervation de la zone irritée.»

3) Techniques de thrust

Il s’agit de «replacer une vertèbre», de «remettre dans de bons rapports les surfaces articulaires». «Pour l’ostéopathe, la manipulation ne s’impose qu’en cas de fibrose. Dans ce cas la manipulation a lieu après une préparation minutieuse, après avoir libéré l’articulation de toutes les entraves autres que la fibrose.» (p. 171)

Théorie «fluidique» (William Garner Sutherland)

Le cerveau est protégé des chocs grâce au liquide céphalorachidien (LCR) et à la dure-mère. Sauf en cas d’accidents, ceux-ci l’empêchent de heurter la boîte crânienne. «Les vaguelettes de sa propulsion normale [du liquide] massent le cerveau! Mais avec les jeux des membranes et leurs tensions réciproques, les fluctuations du LCR peuvent se répandre sous forme de vagues.» (Rantet, p.174)

En cas de lésion crânienne, le mouvement d’une ou de plusieurs structures du crâne est perturbé, provoquant des problèmes circulatoires et nerveux. Peuvent en découler douleurs, paralysies, problèmes visuels, hallucinations auditives, vertiges, troubles de l’équilibre, nausées (en raison du nerf vague), troubles digestifs et cardiaques, dépression, irritabilité, etc.

Selon l’école de pensée de Sutherland, l’ostéopathe peut contrôler le mouvement des os du crâne et du sacrum. Grâce à la technique de compression du quatrième ventricule, il se concentre sur le mouvement respiratoire primaire (MRP) perceptible dans le liquide céphalorachidien. Le MRP correspond à environ 8 à 15 mouvements d’expansion et de contraction crâniens par minute, tout dépendant des sources consultées. La Dre Rantet en mentionne de 10 à 14.

L’ostéopathe place ses mains sous l’occiput du patient pour ralentir ces mouvements. La respiration du patient se libère alors, prend de l’ampleur, et il se sentira plus alerte.

Bien entendu, en cas d’accident, comme un whiplash (syndrome cervical traumatique), une fracture du crâne ou une commotion cérébrale qui pourraient engendrer des hémorragies, il importe d’abord au patient de consulter un médecin.

Référence

1. Rantet, Marie-Cécile (2000). «Bourdonnements d’oreilles ou acouphènes : Que faire?» Le courrier du livre. Paris, 230 pages.

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